Du hérisson

Éric Chevillard livre dans cet ouvrage ses angoisses d’écrivain. Usant d’un style minimaliste assumé, il lie son destin à celui d’un hérisson. La rivalité entre l’animal et l’écrivain perdure jusqu’à la dernière ligne.

Photo : Sophie Boucher
Photo : Sophie Boucher
Le genre
Roman minimaliste.
Le pitch
Un écrivain se lance dans la rédaction de son autobiographie. Au moment de jeter les premiers mots sur le papier, un hérisson apparaît sur son bureau. A partir de ce moment-là, il ne peut plus poursuivre son projet initial. Il doit composer avec le hérisson et lui donner une part dans l’œuvre dont il accouche.
L’auteur
Éric Chevillard est un des chefs de file du minimalisme, fidèle aux Éditions de Minuit. Son blog : l’auto-fictif
Mon humble avis
J’ai été happée par les questionnements de l’écrivain. Le hérisson est-il là pour venger quelqu’un ? L’écrivain est obsédé par le hérisson, il est odieux avec lui. Ils se disputent la gomme, les feuilles. Puis, il encense l’animal. Cette curieuse passion est sans fin ! Une mise en page espiègle m’a pourtant incitée à la lire sans m’arrêter. J’ai été déçue par la fin mais l’écrivain de ce livre a remporté mon admiration. Écrit-il ou pas ? Se confie-t-il ou fuit-il ? À chacun sa propre opinion !
Une phrase du livre
« Il ressort d’ailleurs d’une étude portant sur un échantillon représentatif de deux cent quarante-quatre hérissons naïfs et globuleux que seul un d’entre eux survécut assez longtemps pour mourir de vieillesse. »
Un extrait du livre
« Attendez, je me répète cela plus lentement : n’est-il pas en train de manger ma gomme ? Vous avez lu ça ? Il a bougé ! Il bouge, mon hérisson naïf et globuleux a défait sa pelote, ses piquants érectiles se sont rabattus sur son dos comme un pelage. Je ne l’aurais pas cru si long. Il doit bien mesurer vingt-cinq centimètres. Son poil est couleur châtaigne, d’un brun roussâtre avec une ligne plus sombre allant du museau jusqu’aux yeux qui lui dessine un petit loup comme s’il avait voulu se déguiser par jeu en raton laveur, mais ça ne prend pas. Ses oreilles jolies et délicates sont, elles, d’un brun violet, ainsi que son museau et que les vingt doigts armés d’ongles robustes de ses courtes pattes (quatre). Sa queue noire, dépourvue de poils, ne doit pas dépasser trois centimètres, il ne s’accrochera jamais à une branche avec, et s’il venait à la perdre on ne douterait pourtant pas d’avoir encore affaire à un hérisson naïf et globuleux. Se devinent aussi, presque invisibles, quelques poils de moustache de chaque côté de sa lèvre supérieure. J’ai également fait l’expérience de laisser pousser la mienne mais qui me vieillissait tant que je faillis mourir. »

Éric Chevillard, Du hérisson, Les Éditions de Minuit, Collection « double », 2002 / 2012, 238 pages.

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À propos de l'auteur
Journaliste, co-fondatrice du journal minimal, je suis spécialiste des questions de société.
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